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naddr1qq…6gzdVoici une autre thématique issue de ma lecture de Carl Menger que je trouve très pertinente, pour la démarche Produit : dans sa théorie des biens, Carl Menger les classes selon leur proximité avec la satisfaction directe du besoin de l'individu, établissant une chaîne de causalité essentielle à la production ... Qui se décline très bien dans une logique de Product Management.
La hiérarchie des biens de Carl Menger
L'ordre des biens
Il y a tout d'abord les biens d'ordre inférieur : ce sont les biens de premier ordre, ou de consommation. Ils sont en relation directe avec la satisfaction d'un besoin. Par exemple, le pain est un bien de consommation, car il répond directement au besoin de manger.
Biens d'Ordre Supérieur : ce sont les moyens de production, c'est-à-dire les biens qui permettent d'obtenir les biens d'ordre inférieur. Plus un bien est éloigné de la satisfaction directe du besoin, plus son ordre est élevé.
Si on reprend l'exemple du pain :
- le bien du 2ᵉ ordre sera la farine, ou le sel, qui sont nécessaires à la fabrication du pain ;
- un bien du 3ᵉ ordre sera entre autres le blé, nécessaire à la production de farine ; tandis que
- le champ sera le bien du 4ᵉ ordre nécessaire à la culture du blé.
L'obtention de biens d'ordre supérieur vise toujours, in fine, l'obtention de biens de premier ordre pour satisfaire le besoin de l'individu : l'homme est la cause ultime de toute la production de biens.
Les biens en bon ordre
Cependant, un bien de premier ordre comme le pain ne peut pas exister sans que les biens d'ordre supérieurs soient disponible en quantité suffisante.
- Tous les biens d'un ordre supérieur doivent être réunis pour obtenir le bien d'ordre directement inférieur. Pas de baguette de pain sans farine ou sel.
- La qualité de « bien » est relative au besoin. Si un seul des ingrédients ou des moyens nécessaires manque (par exemple, les semences, ou les outils, pour obtenir le blé à partir du champ), alors l'ensemble perd sa qualité de bien par rapport au besoin à satisfaire.
- Rapport au temps et à l'incertitude : le processus de transformation d'un bien d'ordre supérieur en un bien d'ordre inférieur prend du temps. Disposer de biens d'ordre supérieur est une forme de prévoyance en vue d'un besoin futur, mais cela implique une incertitude sur la quantité de biens d'ordre inférieur finalement obtenus : on n'est jamais sûr à 100% de ce que nous réserve le futur, surtout quand on parle d'agriculture (la météo étant un exemple parfait de phénomène qu'on ne peut pas prédire longtemps à l'avance).
Hiérarchie et dette technique
Si on transpose l'exemple du pain dans le monde du Produit, qu'est-ce que ça donne ?
- Le pain, c'est la fonctionnalité qui se trouve entre les mains de l'utilisateur (bien de 1er ordre).
- La farine, c'est le microservice ou le code back-end qui s'exécute quand on se sert de la fonctionnalité (bien de 2e ordre).
- Le blé c'est l'infrastructure ou s'exécute notre code, ou les outils de développement (3e ordre).
- Quant au champ, ce pourrait être le matériel physique, comme les serveurs dans le datacenter (4e ordre).
À noter que la fonctionnalité peut se présenter sous la forme d'interface web, ou d'API, suivant nos produits. Mais cela ne change rien à notre raisonnement ici.
Dans les métiers du Produit, on a tendance à se concentrer sur le 1er ordre : la fonctionnalité visible. Négliger les biens d'ordre supérieur met en péril toute la chaîne de production, car s'il manque un ingrédient d'ordre supérieur, cela entraîne de la dette technique, de l'obsolescence, du manque de formation pour l'équipe, ...
Voir carrément la perte de « qualité de bien » de notre Produit 🪦
- Intérêt stratégique pour la planification : il est important de savoir intégrer les « biens d'ordre supérieur » dans la roadmap. Refonte technique, mise à jour des outils, s'assurer que l'infrastructure est suffisante pour supporter la charge, etc. Ils réduisent l'incertitude et le délai de production futur.
- Productivité : l'innovation technique ajoute un échelon, mais accroît la productivité. Au Produit, nous devont mesurer l'efficacité des outils de production de l'équipe et investir dans ceux qui créeront un gain de productivité à long terme.
Ainsi, cette notion de hiérarchie des biens apporte un argument supplémentaire à la priorisation de sujets souvent négligés (ce que j'ai souvent vu pour la dette technique) : un argument d'ordre économique.
Service Blueprint : un outils qui applique cette hiérarchie des biens ?
On peut retrouver une application concrète de la hiérarchie des biens avec le Service Blueprint. Sur un diagramme, on représente en premier le parcours de l'utilisateur. Ensuite, on va cartographier tout ce qui se passe en coulisse, et qui est nécessaire au fonctionnement du service. Typiquement, on a plusieurs couches (ou « couloirs ») partant des services jusqu'à l'infrastructure, en passant par les API.
On retrouve le parallèle avec les biens d'ordre supérieur, nécessaires à la production de notre bien de premier ordre, qui répond au besoin de l'utilisateur (son parcours).
L'intérêt du Service Blueprint est donc de visualiser cette chaîne de causalité. Il permet de s'assurer que tous les ingrédients « d'ordre supérieur » sont bien réunis et synchronisés. Si une brique technique profonde manque (comme les semences pour le champ), le Blueprint révèle immédiatement que le service final (le pain) ne pourra pas être délivré au client.
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A lire. #nostrfr